Rubrique usages de l'énergie
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061

Consommation mondiale d’énergie 1800-2000 : les résultats

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Lecture peu difficile
Fig. 1 : Des évaluations à l'échelle mondiale  Les définitions des consommations d’énergie adoptées [article 059] et les sources d’information inventoriées [article 060] permettent de construire des chroniques sur les deux siècles écoulés au cours desquels la croissance annuelle moyenne de la population mondiale (1,0%) a été largement dépassée par celle de la consommation de ressources énergétiques (1,7%). La globalité de cette dernière trajectoire masque évidemment des différences considérables dans le temps et dans l’espace. Déjà sensibles avant 1800 [article 028], elles s’élargissent entre les grandes régions du monde sous l’effet des bouleversements économiques liés aux révolutions industrielles successives porteuses de nouvelles sources d’énergie[1].
 
La compréhension de cette dynamique passe par un examen attentif, donc critique, de l’évolution de la consommation de chaque source d’énergie, région par région. Afin de ne pas alourdir excessivement la article, les chroniques ne seront présentées que par pas décennaux alors même qu’elles ont été reconstituées sur une base annuelle.
 

1.Evolution de la consommation mondiale

 
Comment ont évolué, depuis, 1800, la consommation des grandes sources d’énergie primaire ? Quelle part ont pris, dans cette évolution, les grandes régions du monde ?
 

1.1.Consommation mondiale par source primaire d’énergie

 
L’adoption de pas décennaux et d’un comptage en million de tonnes d’équivalent pétrole (Mtep) introduisent quelques biais (tableau 1) : le gaz naturel n’apparaît qu’en 1890 alors que 75 tep figurent dans les séries statistiques dès 1882 et que ce combustible a été utilisé localement dés la première moitié du 19ème siècle ; l’hydroélectricité, et plus encore l’énergie hydraulique (moulins à eau), sont bien antérieures au 1 Mtep que fait apparaître le tableau en 1910 ; dans une série présentée à la Conférence de Genève (1955), les Nations Unies comptaient 6 milliards de kWh en 1860, soit 0,5 Mtep et 34 en 1910, soit 2,9 Mtep[2].
 
Tableau 1 : Consommation mondiale par source d’énergie (Mtep)
 
Années
Charbon
Pétrole
Gaz nat.
Electricité
Biomasse
Total
1800
           7
 
 
 
         298
          305
1810
           9
 
 
 
         323
          332
1820
         12
 
 
 
         352
          364
1830
         17
 
 
 
         375
          391
1840
         28
 
 
 
         403
          431
1850
         45
 
 
 
         438
          483
1860
         82
 
 
 
         459
          541
1870
       131
              1
 
 
         476
          607
1880
       207
              3
 
 
         518
          728
1890
       309
            10
              5
 
         555
          880
1900
       480
            25
              5
                     
         581
        1092
1910
       731
            53
            11
               1
         599
        1395
1920
       712
            91
            19
               4
         589
        1415
1930
       816
          207
            46
              10
         576
        1655
1940
       898
          292
            67
              17
         558
        1833
1950
       925
          505
          153
              29
         545
        2158
1960
     1252
        1030
          374
              59
         608
        3323
1970
     1387
        2237
          815
            107
         643
        5189
1980
     1748
        3010
        1158
            211
         789
        6916
1990
     2146
        3135
        1618
            364
         938
        8200
2000
     2116
        3542
        2026
            465
       1096
        9242
Note. On rappelle que l’électricité primaire est comptabilisée en Mtep sur la base de son équivalence à la consommation ce qui divise par 2,5 sa part dans la consommation totale d’énergie par rapport à une équivalence à la production [article 059]
 
 
 
Qu’enseigne une comparaison des séries ci-dessus avec celles d’autres auteurs[3] ?
 
La consommation totale, toutes sources confondues, est quasiment identique en 1950 (2 158 Mtep) avec celle P. Putnam (2 222) et celle des Woitinsky (2 148) dont ce sont les années terminales. A partir de 1960, une comparaison avec les données de la Conférence Mondiale de l’Energie (CME) puis du Conseil Mondial de l’Energie (CME) révèle un point de départ (3 323 Mtep) quasiment identique (3 306) puis une divergence croissante (10 714 au lieu de 9 242 en 2000) qui s’explique largement par des choix différents d’équivalence thermique pour l’électricité primaire.  La consommation de biomasse par voies traditionnelles du CME (930 Mtep) en 1990 conforte l’évaluation ci-dessus (938) obtenue par d’autres méthodes. Sur le 19ème siècle, seule la série de Palmer Putnam est disponible : elle diffère sensiblement de celle du tableau, en 1860, pour des raisons tenant aux limites des évaluations de cet auteur [article 060]. De façon générale, la validité de cette série biomasse ne pourra être appréciée qu’après examen des diverses séries régionales dont elle est la somme.
 
Si l’on se limite aux sources commerciales, un plus grand nombre de comparaisons est concevable, puisqu’à l’échelle mondiale, sous certaines réserves, la consommation diffère peu de la production. Dès lors, des séries comme celles de Bouda Etemad et Jean Luciani ou celles des Nations Unies (Conférence de Genève) peuvent être sollicitées. En outre, les données de Joël Darmstadter sont d’excellentes références pour les années de l’entre deux guerres. On en retient que :
  • l’évolution de la consommation des sources commerciales figurant sur le tableau 1 est toujours inférieure à la production mondiale des mêmes sources sur toute la période étudiée, ce qui est attendu ;
  • l’écart est inférieur à 7%, le plus souvent compris entre 3 et 5%, en 1800 puis sur tout le 20ème siècle pour des raisons tenant au choix des coefficients d’équivalence pour l’électricité primaire[4] ;
  • il s’explique aussi par un traitement imparfait des consommations attribuables aux soutes, dont celles des navires, exclues des consommations nationales dans les statistiques des Nations Unies[5] ;
  • en revanche, les écarts plus importants sur la consommation de charbon au 19ème siècle, surtout entre 1830 et 1850, attirent l’attention sur les lacunes des informations relatives aux exportations de charbon anglais à cette époque qui ne sont pas toutes retrouvées sous la forme d’importations des diverses régions du monde : des corrections devront être apportées à ces dernières, notamment en Asie, Océanie et Amérique latine.
 
Sous les réserves tenant à ces imprécisions statistiques, surtout pour la consommation de biomasse, quelques grands traits se dégagent de l’évolution retracée ci-dessus.
La biomasse, principalement sous la forme de bois brûlé aussi bien par les ménages pour la cuisson des aliments et le chauffage des maisons en régions froides ou tempérées que par l’artisanat et l’industrie [article 028], est la source primaire d’énergie la plus utilisée durant tout le 19e siècle : plus de 90% de la consommation totale jusqu’en 1843, plus de 80% jusqu’en 1866, avant une régression moyenne de 10 points par décennie, jusqu’au  passage sous la barre des 50 % en 1903 au profit du charbon minéral et des premiers hydrocarbures liquides ou gazeux entrant dans les bilans énergétiques. Le recul se poursuit par la suite mais  à un rythme beaucoup plus lent et par paliers :  : 40% au cours des années 1910, du fait de la Première Guerre Mondiale en Europe, puis 35% entre 1927 et 1935, sous l’effet de la crise des économies occidentales. Après la deuxième Guerre Mondiale, la biomasse reprend sa régression relative jusqu’au plancher de 11% qui parait increvable depuis 1971 car résultant de la consommation de bois de feu par une population rurale croissante en Amérique latine, en Asie et en Afrique.  Cette chute de presque 90 points ne signifie pas une diminution des volumes de biomasse brûlés annuellement qui ont été multipliés par trois en deux siècles mais  évidemment pas dans les mêmes régions du monde.
Evaluée à environ 7 Mtep en 1800, la consommation mondiale de charbon minéral  a dépassé les 2 100 en 2000, soit une croissance annuelle moyenne de 2,9%, par étapes particulièrement contrastées. Jusqu’à la Première Guerre Mondiale, c’est bien d’elle que provient la forte inflexion à la hausse de la croissance mondiale de la consommation totale d’énergie, sous l’effet d’une expansion des usages du charbon minéral au rythme annuel moyen de 4% faisant passer sa place dans le bilan énergétique mondial de 2,6% en 1800 à 12% en 1850, 25% en 1875 et 56% en 1913. Suivra ensuite un recul relatif en deux paliers : autour de 50% entre les deux Guerres Mondiales, puis de 25% jusqu’à la fin du 20e siècle avant la remontée de la première décennie du 21e siècle.
Derrière le 1,2% de la croissance charbonnière mondiale entre 1913 et 2000, la poussée des hydrocarbures, pétrole et gaz naturel, à un rythme annuel moyen supérieur à 5% et celui de l’électricité primaire, hydraulique et nucléaire, à plus de 7%, soit, en fin de période, des parts dans la consommation totale d’énergie de 36% pour le pétrole, 20% pour le gaz naturel et 10% pour l’électricité.
 

1.2.Consommation mondiale par région

 
L’évolution du bilan énergétique mondial est peu compréhensible sans sa désagrégation au niveau des grandes régions du monde dont les consommations ont considérablement varié d’une période à l’autre.
 
Comment les évolutions par région ont-elles été construites ? Depuis 1950, les données sont celles des Nations Unies, après de légères modifications pour faire coïncider les découpages régionaux des Nations Unies et ceux d’Angus Maddison et pour remplacer certains coefficients d’équivalence par d’autres jugés plus réalistes. Avant 1950, les données résultent d’une recherche de cohérences entre trois approches :
  • la sommation de chroniques nationales, toutes les fois où ont pu être reconstituées des séries longues de consommations primaires par pays ; cette approche se suffit à elle-même lorsque ces chroniques sont de bonne qualité et que la consommation des pays représente la quasi-totalité de la consommation régionale ;
  • la recherche de données sur les consommations régionales que l’on trouve pour quelques années dans la compilation de Joël Darmstadter [article 060] ;
  • l’estimation directe de l’évolution régionale de biomasse à l’aide de dire d’experts ou d’historiens et les séries démographiques.
L’examen de ces reconstitutions, région par région, révèle une extrême inégalité de qualités des données et donc de fiabilité des séries (tableau 2).
 
Tableau 2 : Consommation mondiale par région (Mtep)
 
 
Afrique
Amérique
Nord
Amérique
latine
Asie
Europe
Est
Europe
Ouest
Océanie
Monde
1800
       21
           16
             9
       151
         50
         59       
        0.1
          305
1810
       22
           22
             9
       163
         54
         61
        0.1
          332
1820
       22
           30
           10
       178
         59
         65
        0.1
          364
1830
       23
           41
           11
       180
         66
         69
        0.2
          391
1840
       24
           57
           13
       184
         72
         80
        0.2
          431
1850
       25
           82
           15
       187
         79
         94
        0.3
          483
1860
       26
         101
           16
       189
         86
       122
        0.6    
          541
1870
       27
         118
           18
       191
         96
       156
        0.9
          607
1880
       28
         144
           21
       205
       122
       206
        1.2
          728
1890
       30
         191
           25
       222
       148
       261
        2.1
          880
1900
       33
         238
           30
       242
       209
       335
        4.3
        1091
1910
       41
         397
           42
       264
       233
       409
        7.3
        1394
1920
       51
         506
           51
       286
       144
       365
      11
        1413
1930
       63
         572
           67
       320
       184
       433
      14
        1653
1940
       77
         601
           88
       359
       243
       441
      18 
        1827
1950
       94
         861
         115
       369
       263
       428
      24
        2153
1960
     125
       1112
         166
       707
       542
       634   
      38
        3323
1970
     181
       1684
         238
     1057
       924
     1047
      58
        5189
1980
     285
       1890
         399
     1615
     1419
     1225
      83
        6916
1990
     395
       2002
         474
     2392
     1576
     1255
    106
        8200
2000
     480
       2392
         593
     3145
     1153
     1361
    119
        9242
 
 
Avec l’inclusion de la biomasse dans la consommation mondiale d’énergie, l’Asie, continent le plus peuplé [article 060], reste en tête du bilan énergétique mondial de 1800 (50%) à 1850 (38%). A cette date, elle est à peu près à égalité avec l’Europe (de l’Atlantique à l’Oural) mais, contrairement à ce que pourrait laisser penser ce que l’on sait des conséquences de la Première Révolution Industrielle, ce n’est pas d’Europe que vient le changement le plus significatif de cette première moitié du 19e siècle. La consommation totale d’énergie s’y est accrue d’environ 60%, pour des raisons aussi bien démographiques qu’économiques, mais le principal changement vient de l’Amérique du Nord dont la part saute  de 5 à 15%. La population du sous-continent a quintuplé sous la poussée de l’immigration et a trouvé des ressources forestières telles que les consommations par habitant y ont très vite dépassé les volumes observés sur les autres continents [article 030].
Cette prédominance va se poursuivre jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale lorsque l’Amérique du Nord consommera plus de 40% des sources d’énergie exploitées dans le monde, en grande partie sous la forme d’hydrocarbures, pour une population inférieure à 7% de la population mondiale.
Entre temps, la part de l’Europe occidentale s’est haussée de 20% à 30% au long du 19e siècle car le doublement de sa population s’est accompagné d’une augmentation des consommations par tête grâce à la forte croissance de l’utilisation du charbon, mais en 1900 ses 1,6 tep/habitant, en moyenne, sont loin des 2,9 de l’Amérique du Nord. Cette différence s’accusera encore au cours du 20e siècle puisque la part de l’Europe occidentale y sera divisée par deux sous l’effet de la substitution du charbon par les hydrocarbures et  d’une plus grande efficacité des conversions.
Après 1950, les changements les plus notables viennent du doublement de la part de l’Europe de l’Est, de 10 à 20% entre le début et la fin du communisme, porteur d’un modèle de croissance économique très énergivore, et, plus encore de l’essor économique de l’Asie dont la consommation passe de 16 à 35% du bilan énergétique mondial.
 

2.L’Afrique

 
C’est la région dont les statistiques de consommation d’énergie sont les plus fragiles pour trois raisons : la part de la biomasse sous la forme de bois de feu y est encore prépondérante ; les services statistiques nationaux sont récents ; les études historiques sont rares (tableau 3).
 
Tableau 3 : Consommation énergétique de l’Afrique (ktep)
 
 
Charbon
Pétrole
Gaz naturel
Electricité
Biomasse
Total
1800
 
 
 
 
       21 000           
        21 000            
1810
 
 
 
 
       21 622         
        21 622            
1820
 
 
 
 
       22 262
        22 262
1830
 
 
 
 
       23 162
        23 162
1840
 
 
 
 
       24 098
        24 098
1850
 
 
 
 
       25 072
        25 072
1860
 
 
 
 
       26 086
        26 086
1870
 
 
 
 
       27 140
        27 140
1880
 
 
 
 
       28 434
        28 434
1890
 
 
 
 
       29 790
        29 790
1900
         2 000
            100
 
 
       31 211
        33 311
1910
         4 777
            384
 
 
       35 877
        41 038
1920
         7 554
            668
 
 
       42 458
        50 680
1930
         9 941
         1 700
 
              10
       50 876
        62 527
1940
      13 904
         3 898
             
              56
       59 035
        76 893
1950
      16 784
         8 330
                 1
            121
       68 503
        93 739
1960
      25 479
       16 911
               20
            639
       81 722
      124 771
1970
     34 444
       33 885
             356
         2 135
     109 848
      180 668
1980
     55 102
      69 856
        15 135
         5 226
     139 995
      285 314
1990
     79 957
      95 976
        33 090
         5 296
     180 552
      394 871
2000
     94 761
    105 111
        45 886
         7 998
     229 391
      479 557
 
 
 
L’évolution reconstituée doit donc être interprétée avec d’autant plus de prudence que même les données démographiques sur lesquelles reposent les évaluations de consommation de la biomasse sont périodiquement révisées[6]
 
Au cours des deux siècles écoulés, pour une croissance annuelle moyenne de la population de 1 ou 1,2%,  la consommation d’énergie a crû de 1,6% par an, cette trajectoire comprenant le doublement de ce taux depuis 1950. La prédominance de la biomasse, de 100% en 1800 à 70% en 1950 et 48% en 2000, n’a été que très lentement entamée par le charbon dont la consommation a progressé de 2 Mtep en 1900 à 17 en 1950, presque exclusivement en Afrique du Sud, et par un peu moins de produits pétroliers issus d’importations ou d’une petite production de brut en Egypte. Ce n’est qu’au cours de la deuxième moitié du 20e siècle que le bilan énergétique de l’Afrique amorce une véritable transformation avec le passage de 30% en 1950 à 52% en 2000 de la part des sources modernes d’énergie. Au charbon minéral désormais très utilisé en Afrique du Sud et en plus petites quantités au Zimbabwe (ex-Rhodésie), au Malawi et en Zambie, s’ajoutent les produits pétroliers qui se substituent au charbon dans les autres pays, notamment dans ceux qui deviennent des producteurs de pétrole brut : l’Egypte puis l’Algérie, le Gabon, l’Angola, la Libye, le Congo et le Nigeria.  Dans les mêmes, un peu de gaz naturel commence à être consommé au cours des années 1960. Parallèlement, le développement de l’électrification s’appuie entre autres sur l’installation d’aménagements hydroélectriques notamment en Egypte (Assouan), au Mozambique (Cahorra Bassa), au Zaire (Inga I et II) ou au Mali [article 043].
 

3.Amérique du Nord

 
A l’opposé de la précédente, cette région est la plus riche de toutes en séries longues sur la consommation d’énergie. Elle n’est en effet constitué que de deux pays, dont un dominant (les Etats-Unis) qui dispose de services statistiques fédéraux déjà anciens et de nombreuses études historiques[7].
 
Tableau 4 : Consommation énergétique de l’Amérique du Nord (ktep)
 
Charbon
Pétrole
Gaz naturel
Electricité
Biomasse
Total
1800
              77
 
 
 
        16 262
        16 339
1810
            127
 
 
 
        22 266
        22 393
1820
            218
 
 
 
        29 943
        30 161
1830
            615
 
 
 
        40 489
        41 104
1840
         1 713
 
 
 
        54 964
        56 677
1850
         4 714
 
 
 
        77 073
        81 787
1860
       11 289
              69
 
 
        89 389
      100 747
1870
       22 854
            310
 
 
        95 137
      118 301
1880
       45 118
          2 415
 
 
        96 723
      144 256
1890
       89 488
          3 925
     5 252
          22
        92 445
      191 132
1900
     149 216
          5 535
         5 164
            240
        77 473
      237 628
1910
     279 902
        24 111
        11 032
            742
        81 668
      397 454
1920
     341 754
        64 862
        17 645
         2 189
        79 532
      505 981
1930
     305 904
      144 847
        41 701
         4 749
        74 859
      572 060
1940
     282 435
      191 909
        57 549
         7 032
        61 838
      600 763
1950
     314 955
      341 513
      141 069
       13 252
        49 802
      860 592
1960
     228 057
      513 060
      298 336
       21 984
        50241
   1 111 678
1970
     298 177
      774 644
      527 111
       37 048
       46 718
   1 683 699
1980
     393 367
      884 474
      478 620
       70 975
        62 148
   1 889 583
1990
     480 992
      850 408
      492 958
     107 729
        70 405
   2 002 490
2000
     571 865
      995 982
      596 049
     131 800
        96 501
   2 392 197
 
 
Les traits les plus frappants de cette évolution (tableau 4) sont la durée de la prédominance de la biomasse qui, en 1870, s’élève encore à 80% de la consommation totale d’énergie et la rapidité du passage au charbon minéral dont la part saute de 6% en 1850 à 64% en 1900 [article 030]. A partir de cette date, la biomasse laisse la place d’abord au charbon, dont la part (73%) culmine au cours de la Première Guerre Mondiale, puis au pétrole et au gaz naturel dont l’essor est irrésistible entre 1950 (56%) et 1973 (77,4%). Le premier choc pétrolier casse  cette ascension au profit du charbon qui revient en force dans la production thermoélectrique et du nucléaire qui contribue au triplement de la part de l’électricité primaire, de 3,6% en 1973 à 11,1% en 2000.
 

4.Amérique latine

 
Immense, la région s’étend du Rio Grande à la Terre de feu. Les sources d’information relatives aux sources commerciales sont identiques à celles des régions précédentes[8]. La consommation de biomasse est traitée comme celle de l’Afrique en multipliant le nombre annuel d’habitants par une hypothèse d’évolution de la  consommation par tête (tableau 5).
 
Tableau 5. Consommation énergétique de l’Amérique latine (ktep)
 
Charbon
Pétrole
Gaz naturel
Electricité
Biomasse
Total
1800
 
 
 
 
        8 550
      8 550
1810
 
 
 
 
         8 844
          8 844
1820
 
 
 
 
         9 549
          9 549
1830
 
 
 
 
       11 192
        11 192
1840
 
 
 
 
       13 246
        13 246
1850
 
 
 
 
       15 210
        15 210
1860
 
 
 
 
       16 178
        16 178
1870
 
 
 
 
       17 988
        17 988
1880
 
 
 
 
       21 500
        21 500
1890
       435
               10
 
 
       24 860
        25 305
1900
         1 212
               93
 
         3
       28 764
        30 072
1910
         6 072
          1 855
 
         79
       33 891
        41 897
1920
         4 468
          6 483 
  165
             174
       39 936
        51 225
1930
         6 122
        12 458
        1 507
             360
       46 721
        67 169
1940
         6 372
        20 347
          3 040
             646
       57 485
        87 892
1950
         5 792
        37 947
          2 132
        1 1117
       67 832
      114 821
1960
         6 871
        78 707
          9 066
        2 985
       67 935
      165 565
1970
         9 153
      126 849
        25 929
        6 969
       68 979
      237 880
1980
       15 090
      226 865
        50 711
      18 988
       86 877
      398 530
1990
       22 827
      253 494
        74 046
      34 875
       88 659
      473 900
2000
      26 845
      301 541
      117 442
      55 127
       91 865
      592 820
 
 
Sauf sous la forme de cargaisons de houille anglaise débarquées dans les ports de Buenos Aires ou de Rio de Janeiro, notamment pour alimenter les premières usines à gaz, le charbon est peu présent dans le bilan énergétique du sous-continent au 19e siècle et ne croitra guère au 20e siècle : les 10% atteints en 1900 ne dépassent pas 15% entre 1911 et 1913 puis retombent entre 3 et 5% jusqu’à la fin du 20e siècle. En cause, un décollage industriel tardif et une exploitation charbonnière limitée tant au Chili qu’au Brésil jusqu’à son essor en Colombie, à la fin du 20e siècle, mais à destination du marché international plus que de la consommation domestique. C’est donc presque exclusivement sur des produits pétroliers que l’Amérique latine s’est industrialisée et a développé ses systèmes de transport, ce en s’appuyant sur les industries pétrolières de très nombreux pays, dont celles du Mexique et du Venezuela. Cet approvisionnement a été très tôt complété par du gaz naturel exploité  en Argentine dès 1913. De 35% de la consommation totale en 1950, les hydrocarbures n’ont cessé de gagner du terrain jusqu’à représenter 70% à la fin du 20e siècle.
 

5.Asie

 
 En gardant en tête les limites imputables aux déficiences des statistiques disponibles[9], la consommation d’énergie du continent semble avoir été multipliée par plus de vingt au cours des deux siècles écoulés sous l’effet de la croissance de la population multipliée par six et de l’accès à d’autres sources d’énergie que la biomasse (tableau 6).
 
Tableau 6 : Consommation énergétique de l’Asie (ktep).
 
 
Charbon
Pétrole
Gaz naturel
Electricité
Biomasse
Total
1800
 
 
 
 
      150 500
      150 500
1810
 
 
 
 
      163 486
      163 486
1820
 
 
 
 
      177 592
      177 592
1830
 
 
 
 
      180 754
      180 754
1840
 
 
 
 
      183 974
      183 974
1850
 
 
 
 
      187 250
      187 250
1860
 
 
 
 
      189 246
      189 246
1870
 
 
 
 
      191 264
      191 264
1880
            564
                 9
 
 
      104 875
      205 449
1890
         2 103
             373
 
 
      219 563
      222 039
1900
         6 033
          1 399
 
 
      234 250
      241 681
1910
       20 016
          4 485
 
 
      239 657
      264 158
1920
       34 527
          5 488
            560
            645
      244 521
      285 742
1930
       55 037
          9 086
            571
         1 264
      254 330
      320 288
1940
       74 295
        12 043
            954
         2 712
      268 658
      358 661
1950
       64 184
        11 643
            776
         3 749
      288 360
      368 711
1960
     272 826
        82 039
         6 438
         7 683
      338 066
      707 052
1970
     299 534
      351 527
        23 095
       14 272
      368 467
   1 056 896
1980
     467 717
      594 479
        71 287
       31 920
      449 997
   1 615 400
1990
     797 641
      797 168
      203 252
       62 863
      530 689
   2 391 613
2000
     874 807
   1 197 510
      387 823
        92 174
      592 198
   3 144 512
 
Plus que celle des autres régions du monde, l’évolution de la consommation d’énergie de l’Asie s’infléchit fortement au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale par un saut de 0,6% à 4,4% de croissance annuelle moyenne. En plus des rythmes de l’expansion démographique en hausse de 0,5 à 2,0%, la reconstruction économique du Japon et les  décollages de l’industrialisation en Corée du Sud, en Chine, en Inde et dans nombre d’autres pays de l’Asie du Sud-Est stimulent les besoins de nouvelles sources d’énergie.
 
En tête de ces dernières, le charbon minéral dont la part dans le bilan énergétique de la Région avait été portée de 3% en 1900 à 21% en 1950 par le développement de l’ industrie charbonnière du Japon, sur son territoire mais aussi en Manchourie et en Corée.  Entre 1950 et 2000, l’essor des nouvelles industries charbonnières mises en place tant en Chine qu’en Inde puis au Vietnam et en Indonésie soutient une croissance annuelle moyenne de la consommation de 5%.
 
 En revanche, contrairement à l’Afrique et à l’Amérique latine, l’Asie a moins fait appel aux hydrocarbures, hors pays producteurs de pétrole du Moyen-Orient. Alors que la part des produits pétroliers culmine à 38% de la consommation totale lors du premier choc pétrolier, celle du gaz naturel ne dépassera jamais 11%, à la fois parce que la production est limitée dans tout l’Extrême Orient et que les importations sous forme de GNL sont très coûteuses.
 

6.Russie et Europe de l’Est

 
La réunion dans une même région de la Russie, des anciennes républiques soviétiques et des pays d’Europe centrale a perdu une grande partie de sa signification depuis la chute du communisme au début des années 1990. Dans une perspective doublement séculaire, on ne peut cependant oublier la longue période d’histoire commune de tous ces pays qui a laissé une forte empreinte sur la croissance de leur consommation d’énergie (tableau 7).
 
Tableau 7 : Consommation énergétique  de la Russie et de l’Europe centrale (ktep)
 
 
Charbon
Pétrole
Gaz naturel
Electricité
Biomasse
Total
1800
 
 
 
 
        50 055
        50 055
1810
 
 
 
 
        54 466
        54 466
1820
 
 
 
 
        59 267
        59 267
1830
 
 
 
 
        65 879
        65 879
1840
 
 
 
 
        72 492               
        72 492        
1850
 
 
 
 
        79 104       
        79 104
1860
             864
 
 
 
        84 833
        85 703
1870
          4 419
               50
 
 
        91 448
        95 916
1880
        15 003
             577
       
 
      106 131
      121 711
1890
        22 332
          4 644
 
 
      120 815
      147 791
1900
        59 472
        13 952
 
 
      135 515
      208 939
1910
        86 758
        15 737
 
 
      130 631
      233 126
1920
        24 063
          5 814
            652
               49
      113 509
      144 087
1930
        76 576
        15 511
         1 840
             102
        90 225
      184 254
1940
      138 727
        36 284
         4 996
             668
        62 535
      243 210
1950
      175 602
        44 708
         8 239
          1 366
        33 417
      263 332
1960
      315 829
      138 164
       50 156
          5 422
        32 516
      504 085
1970
      389 288
      321 047
      174 171
        13 371
        26 374
      924 256
1980
      481 464
      538 007
      347 609
        27 328
        24 095
   1 418 503
1990
      421 306
      513 092
      571 456
        46 268
        23 980
   1 576 101
2000
      284 887
      268 055
      526 506
        46 969
        26 441
   1 152 858
 
La connaissance de cette dernière est cependant loin d’être égale : alors que l’évolution de la consommation en Russie dès le milieu du 19e siècle est relativement bien connue [article 010], celle de ses voisins l’est moins. Les données sont particulièrement rares  pour la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Roumanie et la Hongrie, tous pays transformés, voire créés  par plusieurs redécoupages politiques[10].
En dépit de ces obstacles, quelques tendances se dégagent de la reconstitution. La croissance de la consommation totale au cours du 19e siècle au rythme annuel moyen de 1,4    % dépasse certes les 1,0%  de la population, mais de très peu tant la biomasse reste prédominante (65% en 1900) alors même que l’efficacité des moyens de combustion semble s’être améliorée. Ni le charbon du Donbass ni le pétrole de Bakou ne bouleversent un bilan énergétique façonné par des méthodes de chauffage, de  production artisanale et industrielle ou de transport toujours archaïques [article 010]. Avec l’avènement du communisme en Union Soviétique dés 1917 puis dans les pays d’Europe centrale au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale, le rythme de croissance de la consommation d’énergie grimpe à 3,5% entre 1920 et 1990 pour une population dont le taux de croissance se tasse à à 0,7%. Les premiers plans quinquennaux sont assis sur un rapide développement du charbon, du Donbass à l’Oural, puis le pétrole et le gaz naturel prennent le relais après la Deuxième Guerre Mondiale [article 036]. La part du premier dans le bilan énergétique de la région s’élève de moins de  20% au début des années 1920 à près de 70% au début des années 1950 tandis que celle des seconds effectue le même saut entre 1950 et 1990. Ces moyennes masquent évidemment de sensibles écarts entre pays de la région, mais la politique énergétique  centralisée, s’appuyant sur des infrastructures de transport et des normes de consommation communes, a tendu à unifier le modèle de consommation énergétique.
 

7.Europe de l’Ouest

 
Comme l’Amérique du Nord, la région est assez bien fournie en sources statistiques, mais elle est beaucoup plus fragmentée et hétérogène[11]. Le suivi des séries est surtout rendu complexe par les changements de frontières, internes à la région et entre les régions (cas de l’Allemagne de l’Est –RDA). Rappelons enfin que la Turquie a été rattachée à la région Asie (tableau 8).
 
Tableau 8 : Consommation énergétique de l’Europe de l’Ouest (ktep)
 
 
Charbon
Pétrole
Gaz naturel
Electricité
Biomasse
Total
1800
          7 000
 
 
 
        51 987
        58 987
1810
          8 930
 
 
 
        52 442
        61 372
1820
        11 770
 
 
 
        52 866
        64 636
1830
        15 901
 
 
 
        53 259
        69 160
1840
        26 330
 
 
 
        53 621
        79 951
1850
        39 972
 
 
 
        53 952
        93 924
1860
        69 309
                 1
       
 
        53 072
      122 382
1870
      103 454
             147
 
 
        52 115
      155 716
1880
      146 109
             488
 
 
        59 908
      206 405
1890
      193 460
          1 306
 
                 1
        66 725
      261 472
1900
      258 689
          3 378
                 1
                 9
        72 877
      334 954
1910
      328 123
          5 312
                 7
             108
        75 391
      408 941
1920
      291 726
          6 175
                 7
             470
        66 303
      364 681
1930
     353 383
        20 881
                 7
          3 210
        55 531
      433 013
1940
     370 815
        20 044
               36
          6 014
        44 470
      441 379
1950
     332 368
        53 286
          1 087
          9 442
        31 419
      427 603
1960
     385 460
      189 236
        10 031
        19 491
        29 952
      634 170
1970
     335 116
      600 471
        62 540
        31 536
        17 826
   1 047 489
1980
     306 827
      658 170
      167 865
        53 652
        20 233
   1 225 474
1990
     305 349
      585 486
      224 254
      103 045
        36 936
   1 255 070
2000
     216 964
      634 925
      330 705
      126 925
        51 720
   1 361 239
 
Entre toutes les régions, l’Europe de l’Ouest est celle dont la croissance de la consommation d’énergie a été la plus contrastée au cours des deux derniers siècles. Son taux annuel moyen de 1,6% sur toute la période résulte d’une expansion soutenue de 1,8% entre 1800 et 1910 suivie d’une quasi stagnation de 0,1% entre 1910 et 1950 puis d’une reprise au rythme de 2,4% par la suite. La croissance démographique de 0,6% ayant peu variée, les changements de rythme viennent bien des transformations du bilan énergétique et du développement économique. 
 
Les premières mettent en jeu l’essor industriel du Royaume-Uni puis des principaux pays de l’Europe continentale et le recours de plus en plus massif au charbon minéral dont la consommation croît au rythme annuel moyen de 2,8% jusqu’en 1830 puis de 4% jusqu’à la veille de la Première Guerre Mondiale. Sa part de 12,5% de la consommation totale en 1800 saute ainsi à 31,3% en 1830 puis 48,6% en 1850 et 80,2% en 1910, passant devant celle de la biomasse au début des années 1850. Cette prédominance persistera jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale avant le début d’un rapide recul vers 32,0% en 1970 et 14,0% en 2000. Dans tous les pays européens, la consommation de charbon est complétée dès la fin du 19e siècle puis progressivement remplacée par des produits pétroliers qui, de 2% du bilan énergétique en 1920 sautent à 12% en 1950 puis 60% en 1973, leur point culminant. Contrairement à l’Amérique du Nord dont le sous-sol en est riche, l’Europe ne commence à utiliser massivement du gaz naturel que très tardivement : de 10% en 1973 à 22% en 2000, soit une part légèrement supérieure aux 19% d’électricité primaire en forte croissance depuis la production électronucléaire à grande échelle à partir de la fin des années 1970.
 

8.Océanie

 
La région est limitée à l’Australie, à la Nouvelle Zélande et aux iles du Pacifique[12]. La qualité des données disponibles est d’autant plus médiocre que les démographes ne s’accordent pas sur l’évolution de la population au 19e siècle[13]. Fort heureusement, elle pèse peu dans l’évolution de la consommation énergétique mondiale (tableau 9).
 
Tableau 9 : Consommation énergétique de l’Océanie (ktep)
 
 
Charbon
Pétrole
Gaz naturel
 Electricité
Biomasse
 Total
1800
 
 
 
 
              60
               60
1810
 
 
 
 
              88
               88
1820
 
 
 
 
            130
             130
1830
 
 
 
 
            178
             178
1840
 
 
 
 
            245
             245
1850
 
 
 
 
            336
             336
1860
            108
 
 
 
            461
             570
1870
            268
 
 
 
            633
             901
1880
            349
 
 
 
            815
          1 164
1890
            974
 
 
 
         1 132
          2 106
1900
         2 862
            100
 
 
         1 364
          4 326
1910
         5 009
            359
 
 
         1 914
          7 282
1920
         7 434
            618
 
 
         2 682
        10 734
1930
         8 637
         1 609
 
            102
         3 659
        14 006
1940
       10 384
         3 037
 
            214
         4 450
        18 084
1950
       13 497
         4 489
 
            382
         5 705
        24 073
1960
       17 458
       11 794
 
            894
         7 694
        37 840
1970
       21 434
       28 243
         1 293
         1 891
         4 806
        57 667
1980
       28 503
       37 964
         8 519
         2 747
         5 658
        83 391
1990
       37 759
       39 253
       18 722
         3 445
         6 338
      105 517
2000
       45 878
       39 304
       22 038
         3 858
         8 025
      119 103
 

 

 
 

Notes et références

 
[1] Toutes les séries statistiques présentées ci-après reposent sur des collectes et traitement de données effectués dans le cadre de l’Institut Economique et Politique de l’Energie (IEPE) du CNRS et de l’Université Pierre Mendes-France (Grenoble), notamment par Patrice Ramain que nous remercions vivement.
[2] Nations Unies (1956.  Actes de la Conférence internationale sur l’utilisation de l’énergie atomique à des fins pacifiques. Genève : Nations Unies, 571 p. L’électricité primaire est comptabilisée sur la base d’une 1 tep = 11 630 kWh.
[3] Dans les notes qui suivent les références bibliographiques ne sont pas toutes complètes car elles ont été détaillées dans la article 060.
[4] Outre celui appliqué aux sources primaires d’électricité [article 059], ceux retenus pour les différents charbons (source AIE) sont plus restrictifs que ceux des Nations Unies tandis que le gaz naturel est converti en tep PCI au lieu de PCS.
[5] Joël Darmstadter p. 588 les estime à 67,79 Mtec en 1925 et 84,97 en 1950 soit environ 47 et 59 Mtep c.à.d. 3% de la consommation mondiale. Darmstadter (Joël) with Teitelbaum Perry D and Polach Jaroslav G (1971). Energy in the world economy. A statistical review of trends in output, trade and consumption since 1925. Baltimore and London : The Johns Hopkins Press, 876 p.
[6] L’évolution de la consommation de biomasse, sous forme de bois de feu et de charbon de bois, est le produit, année par année, de l’évolution démographique par une consommation unitaire supposée constante jusqu’en 1950 (300 kep) puis légèrement décroissante jusqu’en 290 en 2000 conformément aux données publiées par les organismes internationaux.  En première analyse la constance se justifie par l’insignifiance des substitutions interénergétiques avant 1950 et le faible taux d’urbanisation du continent (14% en 1950), mais l’évolution démographique retenue [article 060] est sensiblement inférieure aux estimations les plus récentes, à savoir 107 Mh (1800), 111 (1850), 133 (1900).
La consommation de sources commerciales avant 1950 est quant à elle très peu connue. Les seules données trouvées à ce jour sont :
les consommations primaires de Joël Darmstadter pour l’ensemble du continent (total et par sources) et ses principaux pays ou sous-régions en 1925, 1929, 1933, 1937 et 1938 ; les productions de charbon de B.R. Mitchell qui remontent à 1889 (Afrique du Sud), 1904 (Zimbabwe), 1915 (Nigeria), 1918 (Algérie), 1920 (Zaire), 1930 (Maroc et Mozambique) ; les productions pétrolières commencent elles aussi en Egypte en 1911, en Algérie en 1922 et au Maroc en 1933, mais, outre leur très faible volume, elles ne permettent pas de passer aux consommations. Les séries reconstituées entre 1900 et 1925 (données de Joël Darmstadter) ne sont donc que des estimations provisoires.
[7] Les sources des séries après 1950 sont toujours les Nations Unies corrigées AIE, notamment pour la biomasse. Pour les années antérieures, les consommations des Etats-Unis (commerciales et non commerciales) sont tirées de Palmer Putnam, puis, à partir de 1850 de Sam Schurr, moyennant quelques ajustements pour la biomasse [article 060] ; celles du Canada viennent de B.R. Mitchell qui livre les productions  et les échanges internationaux de charbon, pétrole et gaz naturel depuis leur origine ; en revanche, la production d’hydroélectricité n’a été trouvée que chez Bouda Etemad. Dans l’ensemble, les chroniques de cette région sont cohérentes quelles que soient les sources d’information, au moins depuis 1850.
[8] Mitchell B.R (1980). International historical statistics : The Americas and Australasia. London : The MacMillan Press, 930 p. L’annuaire contient suffisamment de séries pour pouvoir, moyennant quelques corrections, reconstituer la consommation de sources commerciales de l’Argentine (1887), le Brésil (1901), le Chili (1895), la Colombie (1921), le Mexique (1891) et le Pérou (1884). La somme des consommations de ces pays représente plus de 80% de celle de la région qui est ajustée sur des estimations complètes à partir de 1925.
[9] Les sources statistiques des sources commerciales pour l’Asie sont les mêmes que pour l’Amérique latine : Nations Unies, AIE pour l’après 1950, Joël Darmstadter, B.R Mitchell pour l’avant 1950[9]. Les données compilées par ce dernier sont cependant très insuffisantes car, à l’évidence, l’Asie a consommé du charbon minéral bien avant 1880 et en beaucoup plus grande quantité que ne l’indiquent le début des séries publiées  à savoir : Chine : 508 000 tep de charbon en 1903, 45 000 de pétrole en 1885, ni gaz ni électricité hydraulique avant 1950 ; Inde : 1, 1 Mtep de charbon en 1890, 13 000 tep de pétrole en 1889,  pas d’électricité avant 1946 ; Japon : 133 000 tep de charbon en 1874, 1 000 tep de pétrole en 1875,  479 tep d’électricité primaire en 1914 et 1 000 tep de gaz l’année suivante ; rien sur la Corée, l’Indonésie, la Malaisie et Singapour, Taïwan, la Thaïlande et la Turquie avant les données de Joël Darmstadter en 1925. On trouve pourtant des productions de charbon et de lignite antérieures à ces dates. Si l'on vérifie leur non exportation, il conviendra de les inclure en les complétant par des importations de charbon anglais dont on connaît l’existence au 19e siècle. Etemad Bouda et Luciani Jean, sous la direction de Bairoch Paul et Toutain Jean-Claude (1991). Production mondiale d’énergie. Genève : Droz, 227 p, (pp. 17-19 et 41). Rien en revanche sur la production hydroélectrique à des dates antérieures à celles de Joël Darmstadter.
La consommation de biomasse est toujours obtenue en combinant l’évolution démographique du continent et une consommation par tête moyenne tirée d’estimations des organismes internationaux pour la période d’après 1950 et de dires d’experts en deçà : d ‘abord stable (250 kep tout au long du 19e siècle), elle aurait pu décroître vers 244 (1910), 238 (1920), 232 (1930), 226 (1940), 220 (1950), 198 (1960), 176 (1970), 174 (1980), 171 (1990), 167 (2000)[9]. Ces hypothèses peuvent être confrontées aux résultats de certaines recherches. Dans le cas de la Chine (35% de la population de la région Asie en 2000), Z.Yuan et ses collègues (Int. J. Energy Technology, 2002) estiment la consommation de biomasse en 1993 à 180 Mtep, soit pour une population de 1200 millions d’habitants 150 kep par tête dont 214 kep pour les seules zones rurales où vivent 70% de la population. Sur une consommation primaire de 1 290 Mtep (1 110 + 180) cette même année, la biomasse représente 14%. Elle est consommée surtout par les ménages des zones rurales (170 Mtep) principalement sous formes de résidus agricoles (96), de bois de feu (64) et de déchets animaux (10) dans ce dernier cas uniquement par les minorités qui peuplent le Tibet, le Qinghai et le Ningxia. A quoi s’ajoute environ 11 Mtep de bois de feu dans les industries des zones rurales. Les coefficients de conversion utilisés dans cette étude sont les suivants : 2,9 tonnes de matière sèche (bois ou déchets) = 1 tep (1 tonne = 0,345 tep) ; 1,0 kg de produit récolté = 1 kg de résidus, sauf pour le coton (3 kg), le sorgho et le maïs (2 kg) ; 7500 kg/ha de bois de feu dans les montagnes du Sud, 3750 dans celles du Nord, 750 dans les taillis, avec un coefficient de collecte de 0,5 en plaine et de 0,2 en montagne. Selon les auteurs, la ressource de biomasse la plus importante est constituée des résidus agricoles dont le volume croît avec la production agricole, d’où l’hypothèse de 150 Mtep en 1980, 216 en 1994, 270 en 1998, 370 en 2020 et 500 en 2050. Actuellement, la moitié environ est valorisée sous forme d’énergie, le reste servant à la nourriture des animaux (10%), à la production de matériaux (20%) ou étant abandonné (20%).  
[10] Les sources d’information relatives aux consommations d’énergie commerciales sont encore les Nations Unies puis l’AIE sur la période postérieure à la deuxième guerre mondiale, Joël Darmstadter sur celle de l’entre deux guerres. Pour la Russie puis l’URSS, sous-ensembles de loin les plus importants de la région, on remonte sans trop de difficultés jusqu’en 1860 grâce à : Palmer Putnam qui retrace (p. 421-438) les consommations de charbon, lignite, pétrole et gaz ; B.R. Mitchell (European Historical) qui fournit des séries de production, importation et exportation de ces mêmes combustibles (p. 185, 195-97, 235-241) ; Bouda Etemad (p. 164) qui fournit quelques données sur l’hydroélectricité à partir de 1913. Pour l’Europe centrale (Tchécoslovaquie, Pologne, Roumanie, Hongrie), nous n’avons pas trouvé de données antérieures à 1925 et avons dû les inclure dans l’ajustement entre la Russie et la région Europe de l’Est.
L’estimation de la consommation de biomasse, avant la disposition de données des Nations Unies et de l’AIE, s’appuie sur la reconstitution de Palmer Putnam et sur des évaluations de Paul Bairoch (correspondance) à savoir 650 kep par habitant tout au long du 19ème siècle (climat froid et ressource abondante) puis diminution rapide qui exprime les conséquences de l’urbanisation, de l’industrialisation soviétique et des rapides substitutions interénergétiques. Au cours du 20ème siècle, la consommation par habitant aurait ainsi pu évoluer comme suit : 543 kep (1910), 437 (1920), 330 (1930), 224 (1940), 117 (1950), 98 (1960), 75 (1970), 63 (1980), 58 (1990), avant la remontée de fin de période : 70 (2000).
[11] Outre les données récentes des organismes internationaux, on dispose de nombreuses séries statistiques sur la production, les importations et les exportations de la plupart des pays d’Europe occidentale dans le European Historical Statistics de B.R. Mitchell : Belgique (depuis 1831), Autriche (1819), Danemark (1843), Finlande (1860), France (1802), Allemagne (1817), Italie (1861), Pays Bas (1846), Norvège (1829), Espagne (1849), Suède (1840), Suisse (1848), Royaume-Uni (1816). Pour la plupart de ces pays, on trouve aussi la production hydroélectrique (assimilable à une consommation) dans Bouda Etemad : Italie (1883), Autriche (1918), Finlande (1929), France (1923), Allemagne (1925), Italie (1900), Norvège (1935), Portugal (1926), Espagne, Suède, Suisse (1929), Royaume-Uni (1920).
Les données sur la consommation de biomasse après 1950 sont celles des organismes internationaux ajustées comme indiqué plus haut (voir 2.3.3). Avant cette date, elles résultent du produit de l’évolution démographique par une évolution de la consommation moyenne par tête estimée sur des bases fournies par Paul Bairoch (correspondances). La jonction des deux sources donne ainsi : 450 kep par habitant (1800), 444 (1810), 438 (1820), 432 (1830), 426 (1840), 420 (1850), 405 (1860), 390 (1870), 375 (1880), 360 (1890), 345 (1900), 330 (1910), 275 (1920), 220 (1930), 165 (1940), 110 (1950), 96 (1960), 50 (1970), 55 (1980), 98 (1990), 110 (2000). On n’oubliera pas que la remontée de la consommation à partir de 1980 s’effectue sur la base de technologies modernes et comprend une part croissante de déchets urbains, agricoles et industriels.
[12] Voir tableau 8, article 060.
[13] Avant les données de J. Darmstadter sur la consommation d’énergies commerciales en 1925 puis les publications régulières des Nations Unies, les informations sont rares. B.R. Mitchell (The Americas and Australasia) donne la production de charbon et de lignite (p. 404) de l’Australie à partir de 1881 et celle de Nouvelle Zélande encore peu développée en 1878 (165 000 t). L’Australie exportant déjà 29 000 t de charbon en 1851 et sa production atteignant 1,876 Mt en 1881, la région a dû consommer du charbon bien avant que ne le fasse apparaître le tableau, et ce sans tenir compte d’éventuelles importations de charbon anglais. Bouda Etemad le confirme en donnant une production australienne de 369 000 t en 1860 (p. 29).Peu importante dans la région, l’hydroélectricité  a dû aussi commencer à se développer en Nouvelle Zélande avant 1922 (108 GWh). La consommation de biomasse a été traitée comme celle des autres régions sans sources statistiques en multipliant la population annuelle, très sous-estimée  par une consommation moyenne par tête de 300 kep sur toute la période en attendant une l’obtention de données plus réalistes que celles de la FAO, avec ou sans révision de l’AIE.